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DOUAL’ART : LA SOMME DES DESTINS CROISES
(EDITION SPECIALE EN 2 PARTIES)

Cette fois-ci c’est au Cameroun que vous m’accompagnez, à Douala, ville des vices et lumières, ville des opinions et des affaires. C’est la ville des acteurs en marge, des contestataires et le fief inconditionnel de voix trop souvent bâillonnées. Comme à l’accoutumé, on ira à l’étage en-dessous, le monde décalé des « gens d’en bas ». L’aventure fut grande et belle, truffée de mille et une rencontres, mais racontée en seulement deux épisodes qui résumeront je l’espère aisément, le courant contemporain dans ce milieu ou l’art en général est par définition underground…

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TOUT CE QUI BRILLE…

Noirs et tragiques, les modèles difformes traduisent d’une réalité dévoilée, comme une morbide célébration de la décadence humaine. Observez bien ces personnages tristes et décharnés. Ils ont tout perdu, très souvent même leur vie, et ne restent plus que les ombres de leur existence passée. C’est dans un contexte post-apocalyptique que l’on découvre en fond d’écran, les vestiges d’une société éteinte, en autophagie, qui épuise ses dernières ressources. Les Hommes sont consumés par leur propre système et les loques restantes se disputent une terre asséchée, affamée et ruinée de ses espèces animales et végétales : Vous êtes dans le monde selon Andria Matta.

Ses illustrations donnent l’impression que les hommes se sont enchaînés à une notion du développement, au point de trépasser dans les travers de ce qu’ils s’entêtent à appeler « progrès ». Andria dénonce les déviances d’une société où les priorités sont totalement décalées. Cela s’ajoute à une injuste redistribution des destins (cf «Paying customers only », et « Reaching for the stars »), ainsi qu’une exploitation effrénée des ressources énergétiques, qui condamne nos enfants à naître et à évoluer dans un monde qu’ils ne maîtrisent pas et qu’ils ne sauraient résolument améliorer. « Till death do us part » en est un bon exemple, ainsi que « Born unleaded ».

Personnellement, je suis fascinée pas la série « Abuelitos » (« Aïeux » en espagnol). Au-delà du fait que c’est très bien dessiné, il y a une évocation de la décrépitude de l’Homme en tant qu’espèce ; mi-mort, mi-vivant mais assurément vidé de toute substance de jouvence, force de vivre dans un monde en andropause.

Andria a une petite fille, qu’elle aimerait mettre à l’abri des travers de l’ultra-matérialisme. Elle dénonce l’embourgeoisement des ghettos de sa ville, Vancouver, aux dépens d’une classe de futurs sans-abris à la précarité grandissante (cf « Condos for the rich »). On a pris la maligne tendance d’acheter les âmes des pauvres en leur offrant dans le meilleur des cas une raison tangible de leur silence, et dans le pire des cas une once mal placée d’un espoir rapidement évaporé.

C’est de l’autre bout du monde que je me suis entretenue avec ce personnage itinérant et engagé, qui m’a interpellé par son style. Derrière l’agilité de cette tatoueuse de profession avec l’encre et le stylo, d’aucuns pourraient être gênés, mais ne faut-il pas choquer pour attirer l’attention? Car gais et immaculés, les modèles esthétiques traduisent souvent d’un leurre totalement voilé…

Portfolio dans la section ARTISTES.

Douala, le 08 Octobre 2008


NOMADISME URBAIN

Évasion, inspiration, interaction, ouverture… toutes des notions que l’on recherche à travers la réalisation
de notre travail. Pour Francis Koch a.k.a Überbrain, la reconnaissance n’est rien aux yeux de l’artiste s’il n’est pas le premier à être en symbiose avec son travail. La majorité de ses œuvres reflètent l’expression d’un
« moi » révolté et engagé de manière plus ou moins combative dans les fléaux et enjeux sociaux de sa génération. Il dénonce une société-usine supra-capitaliste, émotionnellement aseptisée, belliqueuse et contrôlée; une gigantesque scène théâtrale basée sur la supercherie, où les acteurs principaux sont privilégiés au dépend de la masse. Ses illustrations d’un monde très mécanisé, avec des personnages casqués, comme s’anesthésiant de toute impureté, rappelle une sorte de matrice alternative.

L’artiste m’avoue cependant qu’à travers un séjour assez long en Europe et particulièrement en Suisse,
il est passé d’un but artistique à l’autre, d’une vie à l’autre. Les enjeux restent certes les mêmes, ainsi que
la révolte qu’elles entraînent, mais à présent pour lui la subtilité a plus de pertinence. Il est très intéressant
de voir l’influence qu’a eu ce voyage sur l’artiste, comme cette idée perpétuelle de laisser une trace sur son passage, un bout de soi. C’est ainsi qu’il fera par exemple une illustration ou un graffiti lors d’une promenade, et le laissera nonchalamment affiché sur un mur.

La plupart du temps l’œuvre serait récupérée par un passant. Cette manière que le monde extérieur a d’absorber cette substance qui découle de lui, fruit d’un jet aléatoire et circonstanciel dans le temps, le fascine. C’est ainsi qu’ Überbrain choisira de toucher le monde autour de lui, en leur communiquant ses pensées d’un souffle délicat. Sa relation avec l’espace aussi évolue. Il est primordial de toujours voyager même dans l’environnement qu’on côtoie depuis années. Découvrir des lieux, approcher les gens avec curiosité, et appréhender ouvertement son voisinage sans le prendre pour acquis.

« Überbrain » est un néologisme anglo-germanique, qui définit tout ce qui est au-dessus de la réflexion primaire. Comme une devise prônant la transcendance, la compréhension en profondeur des notions à appliquer dans une philosophie de vie plus large. Cependant Francis insiste sur l’accessibilité au public.
« Je ne cherche surtout pas à surintellectualiser mon travail », dit-il. À quel point est-il possible pour l’artiste d’émettre des œuvres « terre à terre » tout en ayant un fond très cérébral ?

www.franciskoch.com

Montréal, 08 Septembre 2008

francis koch


VOUS AVEZ DIT COMPLÈTEMENT NU?

CaroH fait partie de ces gens qui voient en la beauté le naturel avant tout. En allant volontairement au-delà de tout standard physique dont divers médias conditionnent notre appréciation, CaroH aborde la morphologie humaine dans toute son imperfection. Aucune réalité n’est travestie à travers des corps liftés. Soucieuse de capturer l’essence sans influence, elle définit les limites sans jamais se laisser dépasser par le modèle.

Le plus intéressant est l’ensemble de ses autoportraits, et par extension sa façon de percevoir son propre corps. On est loin du cordonnier mal chaussé ou de la coiffeuse aux cheveux surfaits. Une fois en face de l’objectif, CaroH fait usage d’elle-même comme n’importe quel autre mannequin. Elle explique très bien ce détachement qu’elle fait entre elle et Elle, cet alter ego auquel elle se reconnait sans s’assimiler.
« C’est moi, mais je vois une autre » dit-elle.

Il y a quelque chose de très affriolant chez le modèle de la femme de tous les jours, aux bourrelets et aux formes généreuses mais pas gratuites. Car comme chez tout bon adepte du nu, la romance se détache totalement de l’obscénité. Elle s’amuse souvent à diverses expériences de retouches visuelles, en jouant sur les couleurs ou la texture, et en répétant des images, comme pour leur donner la place idéale dans son album (cf « des mains et des seins » pt I, II et III).

On aimerait bien par contre qu’elle baptise ses œuvres de titres un peu mois flagrants, tels la série
« Nus féminins » pour inciter le public à aller chercher une considération un peu plus abstraite
des formes dévoilées, un peu comme dans « 0 degré sur le Mont-Royal »
où l’homme est mis en communion avec sa nature.

Enfin, il est pertinent de noter le lien de CaroH avec Larz, personnage qui revient occasionnellement en tant que sujet ou objet. Il nous plait à exciter notre imagination sur la nature et la profondeur de leur rapport.
En effet, certains de leurs travaux les dévoilent comme source d’inspiration pour l’un à autre.
Quand CaroH me parle de Larz, elle a cette lueur dans les yeux. L’artiste romantique peut-il jamais
aller sans sa muse, batterie et incitatif de ses ambitions?

Caroline Hélie est la représentante dans la région du Grand Montréal de la CAPA
(The Canadian Association for Photographic Art). Découvrez son univers sur http://www.larznangel.com

Montréal, Août 2008

caroH


ALLEGRA MCHADDAM

Je découvre son travail à travers un ami. Elle vient d’Australie et son prénom vient d’Italie, mais si deux synonymes existaient en français pour la décrire, ce serait polyvalence et éclectisme. Ses talents vont de la peinture, au dessin en passant par la photo. Mais le domaine qu’Al a choisi pour prédilection sera sans aucun doute le design graphique. Ce dernier, pour certains a longtemps été non un genre mais juste un moyen de retouche et de perfectionnement esthétique. Avec Al, on découvre un médium proprement dit, au même titre que le crayon ou le pinceau. Qu’elle parte d’une maquette dessinée ou peinte traditionnellement ou sur une plaquette graphique, Al œuvre rarement sans son « baby-mac ».

Ma série favorite reste sans aucun conteste les œuvres basées sur des anagrammes, des caractères
alpha-numériques et des designs calligraphiques. Conceptuellement, c’est une série très intéressante à analyser qui entraine souvent l’observateur dans un véritable jeu de déchiffrage. Mais l’énigme ne s’arrête pas là. Que ce soit en zoomant sur une goutte d’eau, en capturant l’allure intrigante d’une albinos, la sculpture d’un modèle nu, en passant par des designs plus abstraits ou cubiques, Allegra nous fait découvrir les mille et un usages de l’art numérique.

Je décide de la rencontrer. On ne saurait vraiment à quoi s’attendre comme personnage.
Du haut de ses 21 ans je découvre une jeune femme assez équilibrée, a priori comme toutes les autres.
Et pourtant, une citoyenne du monde pour certains, une bohème sans peur pour d’autres. Al se lance partout où l’aventure l’appelle. Apres avoir visité 69 villes, l’on pourrait se demander pourquoi Montréal pour se caser. Fidèle à sa spontanéité elle me répond : « I just like it here ! ». Le fait est qu’il y a définitivement quelques chose chez cet être qui mord la vie à pleines dents en rêvant vivre de sa passion. La semence plantée et arrosée dans l’éducation privée a décidé de germer loin de ses racines. En éclosant, elle laisse ainsi des pétales sur sa route. Que cherche l’artiste si loin ? Le voyage est il une échappatoire ou une quête d’inspiration. Peut-on faire voyager son esprit sans déplacer son corps, et accéder au même degré de perfectionnement et de maturité artistique auquel aspire Al ? Indice sur http://saltyshadow.carbonmade.com

Montréal, 1ER Juillet 2008.

allegra


Une soirée pas comme les autres…

Neuf heures du soir. Détachons-nous du réel l’instant de quelques heures, afin de contempler
ce qui nous entoure. Passé le hall d’entrée du Péra Lounge, on découvre au rez-de-chaussée l’envoutant univers de Sandra Tomb, chef d’orchestre de cette symphonie d’émotions qui nous transporte dès
les premiers tableaux. Amour, joie, peine, drame, guerre, déchirement, union… autant de concepts
chez ses modèles qui nous sont si familiers.

Le temps de prendre le premier verre de vin et de se rythmer sur le mix électro-jazz de Dj Syed,
prochaine destination : le deuxième étage, vers le monde enchanteur de Yan D. Soloh.
L’abstrait y est à son honneur, dans toute sa beauté, dans toutes ses ondulations, aux couleurs
chaudes et vivifiantes. Que se trame-t-il en dessous de cet artiste ? D’où viennent les germes de son inspiration ? Autant de questions qui poussent à converser longuement avec le personnage de Yan.

Plus tard une connaissance nous amène un martini avec des amuse-gueules, et on part découvrir
le dernier étage, petite salle intimiste à l’image de l’artiste qui l’habite en pensée : Olivia Postic.
Un travail original et audacieux qui laisse béat. Du nu, cru, gratuit mais si profond. Trop osé disent les uns, intriguant rétorque les autres. Et c’est à ce moment-là, que du coin de l’œil on observe notre voisin,
à l’expression encline à cette même perplexité. Il est onze heures du soir. On se lorgne timidement
du regard, pour enfin engager les prémices d’une longue discussion sur canapé : 
« Alors, Qu’en pensez-vous ?! »

Exposition GENESIA, 2 Mai 2008.

galerie photos soirée GENESIA 2 MAI 2008

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