DOUAL’ART PT 1 : GUY WOUETE

C’est aux confins du quartier périphérique de Bonendale que je découvre une agglomération d’artistes peintres. Guy est un jeune homme de 28 ans qui s’est intéressé aux arts visuels depuis l’âge de 18. « J’ai toujours eu un rapport particulier avec l’image, que ce soit en visionnant des films, en dessinant ou en m’attelant à l’activité qui allait devenir bientôt ma profession ». Dans un monde ou être artiste représente encore une fantaisie peu lucrative, Guy explique à quel point lui et ses confrères doivent se battre pour faire valoir un courant autre que l’art folklorique et l’artisanat touristique qui sont plus populaires. Étonnement, dans un pays où la plupart des gens ont plusieurs gagne-pains, Guy vit de son art, source pour lui de toute raison d’être. Il s’est fait remarqué à la biennale de Dakar en 2006, et depuis fusent des projets et stages à l’étranger, notamment aux Pays-Bas, en France, aux Etats-Unis ou en Colombie. Il a réalisé plusieurs projets de peintures, sculpture, montage (souvent avec des matériaux de récupération), et vidéos à son compte et pour les diverses institutions qui l’ont chapoté.
Guy définit difficilement son art, et laisse le soin aux « occidentaux » le loisir de le faire. Il rentre néanmoins dans un registre totalement abstrait, qui se distingue nettement des œuvres figuratives ou paysagistes à tendance tribale, qui ont largement prévalu (portraits, illustrations de villages…). Sans toutefois dénigrer ces dernières, il tient à ce qu’on reconnaisse localement la valeur et la richesse de l’expressionnisme ou de l’art brut (sans forcément toutefois leur accorder cette dénomination).
Il peint traditionnellement avec de l’acrylique sur toile et opère aussi en mosaïque, en collant plusieurs morceaux crées individuellement, chacun issu d’une histoire, d’une inspiration distincte. Le tout donne souvent un résultant assez hétéroclite, comme le diptyque « The Damned ». Ce dernier met en exergue les travers du réaménagement urbain de Yaoundé, qui pousse les populations aux habitations vétustes hors de leurs foyers, voués à la destruction (la croix illustrant le signe communément utilisé par la communauté urbaine pour condamner les constructions). Guy me raconte également comment il a conçu la série « Candles », pendant une privation d’électricité. Les œuvres faites à la lumière d’une bougie, illustrent les déboires et failles d’une anarchie systémique. Enfin, ses inspirations peuvent remonter assez loin dans l’histoire de l’Afrique, comme cette allusion à la Conférence de Berlin de 1886. Cette série est d’ailleurs l’une des plus intéressantes car les différentes déformations de la flamme sont mises en parallèle avec les émotions qu’il ressentait ainsi que les révoltes qui l’animaient dans le noir.
C’est au crépuscule que je le quitte, non sans avoir fait une autre rencontre des plus fortuites. Et une fois à des milliers de kilomètres, du bout de ma plume, je lui rendrai un dernier hommage…
…dans le deuxième épisode…
Paris, 15 Novembre 2008
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